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Publié : 19 janvier 2012

EVA JOLY candidate qui plutôt que de se montrer... montre ce que sont les autres !

Dans la programmation de campagne d’Eva Joly, un grand meeting en région nantaise est annoncé en début du mois d’avril.
Elle était également présente à Nantes le 19 Janvier à Pôle Emploi Beaulieu, en direct sur le plateau de France 3 puis avec des acteurs du secteur culturel à la Cité des Congrès.


Eva Joly en campagne à Nantes

Pour mieux connaitre notre candidate, lisez ce portrait paru dans Télérama

Le rayon vert Eva Joly par Eric-Emmanuel Schmidt

"La femme aux traits francs, dont le corps doux, la peau laiteuse, les épaules rondes
contrastent avec la précision du regard, l’Eva Joly que je rencontre dans une
brasserie de Montparnasse me paraît soucieuse. Peut-être - je le perçois - a-t-elle
peur...

Peur de quoi ?

Ni de ses adversaires ou de ses alliés, ni des combats ou des
pièges ; elle a tout simplement peur d’elle : consciente de porter les attentes de
millions de gens, soucieuse de ses responsabilités
, elle redoute de ne pas honorer les
causes qu’elle défend.

Dois-je le dire ?

Cette inquiétude me touche. Habitué aux politiciens fanfarons
enchantés d’eux-mêmes, ivres de leurs paroles, se félicitant de leurs actes avant que
l’interlocuteur n’ouvre la bouche, je suis décontenancé par cette lutteuse qui, si elle
tance vertement les autres, se critique elle-même. Surpris, je n’aperçois pas en elle
ce grand narcisse exacerbé qui forme la colonne vertébrale des champions politiques,
cet amour propre inaltérable, cette passion de séduire, cette démangeaison
conquérante qui leur fournit l’énergie de se dépenser sans compter ou de se relever
après des revers.

On ne décèle pas d’ambition personnelle en Eva Joly, seulement des
ambitions impersonnelles : le goût de la justice, le sens de l’égalité, le respect de
l’homme.

Certains affirment qu’elle détonne dans le paysage politique, je crois plutôt qu’elle le
révèle. Pudique, pensant au bien général, refusant de se vendre aux médias, elle agit
tel un catalyseur chimique : plutôt qu’elle ne se montre, elle montre ce que sont les
autres.

Sa vie est un roman dont elle refuse de livrer le spectacle. Alors que le destin de
cette Norvégienne née dans un quartier pauvre d’Oslo aurait de quoi enchanter
Dickens, elle préfère n’attendrir personne et essuyer les quolibets sur sa "sévérité".
Pourtant, son parcours témoigne d’un caractère à la fois aventurier, fier, volcanique.
Inscrite par des camarades garçons au concours de Miss Norvège, la jolie blonde, élue
troisième, décroche une paire de bas mais s’exile ;

"partir est peut-être chose plus
facile pour qui, comme moi, a grandi près de la mer"
.

Elle débarque en France pour
étudier tout en assurant sa subsistance par un emploi de jeune fille au pair.
Catastrophe : le fils de la famille hospitalière tombe amoureux d’elle ! Ils bravent les
interdits, l’hostilité bourgeoise et se marient pourtant ;

Gro Farseth s’appelle désormais EVA JOLY.

D’abord, elle multiplie les postes de secrétaire, y compris chez
Eddie Barclay - "le soleil a rendez-vous avec la lune", aurait murmuré Trénet -, fait
des enfants,
les élève en poursuivant ses cours de droit puis devient magistrate en
approchant de la quarantaine. Là son ascension s’accélère, appuyée sur le travail ;
l’instruction parachève son instruction. Ne souhaitant pas devenir premier président
de cour d’appel, car se situer au centre revient à accepter le système, elle préfère
intégrer le milieu par la périphérie, assumant une stratégie qui consiste à,
simultanément, faire vivre et combattre l’institution.

La suite appartient à notre histoire :

  • l’affaire Elf,
  • les millions dissimulés,
  • les réseaux d’argent sale,
  • les puissants qui s’imaginent inatteignables,
  • l’exploitation sans vergogne du tiers-monde par les industries occidentales.

Pendant ces décennies, Eva Joly désapprend ses illusions.
Elle avait cru que savoir suffisait. Erreur !
Elle crut ensuite que dénoncer suffisait. Nouvelle erreur !
Il faut donc agir.

Son engagement politique est logique, réfléchi,
nécessaire, un cheminement rassurant car les engagements tardifs sont peu menacés
d’érosion ; rassurant sauf pour ses nouveaux collègues qui, par contraste,
apparaissent désormais des "professionnels de la profession" dont la politique fut
l’unique métier.

Un révélateur vous dis-je...

Encore intimidée par la langue française, elle pointe certains - ou certaine - comme
des prestidigitateurs du verbe, brillants mais vains. Du coup, elle tente d’ancrer ses
discours sur le fond plutôt que sur la forme.
Par sa phonation zésayante qui détache les consonnes, elle réveille les vieux démons
xénophobes : devant ces sonorités nordiques, les crétins - qui généralement ne parlent
aucune langue étrangère
 -, au lieu d’apprécier l’hommage qu’apporte tout accent
exotique à notre idiome, se moquent d’une polyglotte.

En entendant leurs remarques
acerbes, j’ai l’impression d’écouter une assemblée de limaces se moquer des animaux
qui ont des jambes.

Devant sa double nationalité - phénomène précurseur du monde à venir -, certains
éructent, puis jubilent en se désignant, eux, en tant que "vrais Français" ! Comme s’ils
gagnaient du mérite à être nés quelque part et à n’avoir jamais voyagé...

Comme si la France "choisie" par Eva Joly ne valait pas la France "subie" qui demeure la leur.

En
face d’une femme qui a plusieurs cultures, ils se sentent supérieurs de n’en avoir
qu’une !

Différente, incorruptible, forte d’un passé où, juge, elle ne se laissa arrêter par
personne,
elle porte la lumière sur les calculs, les timidités, les hypocrisies,
l’imaginaire féodal d’une classe politique qui, de gauche à droite, protège ses
ambiguïtés : ainsi, dans sa lutte contre les paradis fiscaux, elle ne recueille que des
consentements murmurés, convenus, des consentements de façade.

Même chose avec
l’urgence écologique : par son insistance, elle souligne la lenteur de ceux qui
prétendent être d’accord mais ne bougent pas.

Oui, décidément, sa présence dénonce bien des laideurs, le fonctionnement consensuel
du système et la mollesse de certaines convictions.

Cette différence gêne tant qu’on l’attaque.

Puisqu’elle pratique l’intégrité, les commentateurs de l’establishment rabaissent
cette intégrité
en empruntant indifféremment deux voies contradictoires :

  • soit : Eva Joly se montre "dure", "cassante", "psychorigide",
  • soit elle s’avère "naïve", "novice", "amateur".

Si la naïveté indique le contraire du cynisme, ils ont raison : Eva Joly
incarne des principes, des convictions qu’elle ne bradera pas.

. Et si la dureté exprime le combat pour imposer ses valeurs, ils ont encore raison. Eva Joly signale de quel bois ils sont constitués, peut-être le bois dont on fait des marionnettes, ou des boîtes à musique - ça résonne parce que c’est creux -, en tout cas pas le bois dont on fait des drakkars.
Pour elle, l’humanité est assise sur des braises mais elle ne s’en rend pas compte. Eva
Joly intervient pour crier qu’un autre univers est possible
.
Certes, il serait plus aisé d’être pessimiste, plus reposant de ne rien faire ; certes,
elle préférerait rejoindre sa maison en Bretagne, au bord des océans - l’océan des
eaux et l’océan du ciel - , y jouer en compagnie de ses petits-enfants, écouter un
Exultate, jubilate de Mozart, mais elle n’y retournera que pour puiser l’énergie
nécessaire à la poursuite de ses combats.

L’avenir demeure plus important que le
passé.
Soyons clair : Eva Joly veut changer le monde, pas se mettre à sa tête. Mais si pour le
changer il faut diriger, elle accepte le fardeau.

"Il n’y a que deux façons de faire avec la vie : soit on la rêve, soit on l’accomplit",
s’exclame-t-elle.

  • Une femme de devoir, pas d’ambition.
  • La ténacité, le travail, le sérieux, le courage, voilà ses armes.
  • Pour elle, la légitimité s’acquiert.

Afin de nous convaincre, elle n’utilise ni l’argent - elle n’en a pas -, ni la poudre de perlimpinpin - ça ne se dit pas en
norvégien
."

Pour suivre la campagne d’Eva Joly :http://evajoly2012.fr/