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Publié : 5 novembre 2010

Nouvelle mission en Afghanistan pour Alain Lebeau, membre de l’AFRANE

L’équipe du site a rencontré dernièrement Alain Lebeau, élu Vert à La Baule, de retour d’Afghanistan et pour lui permettre de témoigner de la situation dans le pays.

Alain, de retour d’une mission humanitaire de trois semaines en Afghanistan, quelles sont les principales réflexions qui te viennent à l’esprit ?

Cette fois encore, j’ai été impressionné par le décalage entre, d’une part la vie dans les pays occidentaux et la vie en Afghanistan (pays tourné plus vers le Pakistan et l’Inde que vers l’Occident), et d’autre part, l’image que l’on donne de ce pays en France et la réalité que l’on découvre sur place.

Quand on parle de l’Afghanistan, il faut se débarrasser des clichés qui font de cet état islamique, un pays de burqas et d’islamistes terroristes.

On ne peut pas réduire un pays et un peuple à quelques clichés scandaleux et négatifs tels que ceux que l’extrême-droite islamophobe véhicule sur internet

La grande majorité des Afghans aspirent à la paix, à la tranquillité, à une vie meilleure dans le respect de leur culture même s’ils sont confrontés, et sans doute plus violemment qu’ailleurs, aux bouleversements du maelström mondialiste.

Sur place on découvre un peuple, qui vit dans la guerre depuis 30 ans (les jeunes profs avec qui je travaille n’ont jamais connu la paix) ce qui amène les gens à avoir forcément une autre perception de la vie que la nôtre.

Pas une famille qui n’ait eu un réfugié ou une victime, même collatérale (destructuration familiale, chômage, précarité, destructions, déplacements...) en raison des différents conflits dont les occidentaux ne sont pas entièrement innocents. Mais ne l’oublions pas, une grande majorité de gens souhaitent ardemment la paix, la sécurité, le développement.

Quels sont les débats qui agitent les Afghans en ce moment, le résultat des élections ?

Pas du tout. Le débat actuel autour du départ des troupes internationales, s’exprime à travers le désir d’indépendance du pays.

On n’arrête pas de dire qu’ils n’en sont pas capables, que si les forces de l’OTAN partent ce sera le chaos comme après le départ des soviétiques, message déprimant et défaitiste.

Le retour des Taliban n’est pas majoritairement souhaité mais la corruption des dirigeants politiques, la dilapidation de l’aide internationale, la lenteur de la reconstruction, le jeu trouble des pays étrangers, laissent place à la lassitude du peuple, à un grand mécontentement favorable au retour des Taliban.

L’OTAN forme des soldats et des policiers afghans afin de leur transférer à terme la sécurité de leur pays. Mais, tournés vers la guérilla, (c’est sous cette forme qu’ils ont chassé les Soviétiques). Or,les Afghans ont du mal à se faire à un comportement militaire qui leur est étranger. La culture de guerre présente est occidentale, celle-là même dont nous avons vu ses limites face aux mouvements de libération et aux guérillas à travers le monde !
De plus ces soldats sont mal payés ; on a du mal à les motiver et à les fidéliser.

Faut-il aider ce pays si mal connu et si suspect aux yeux des occidentaux qui n’en donnent qu’une image négative ?

Evidemment ! L’aide humanitaire se justifie par la prise en compte de cette majorité de gens qui vit dans la précarité et le danger.

Cette aide humanitaire est avant tout l’aide au développement (éducation, santé et agriculture) qui permet au pays concerné d’aller vers son indépendance.

Il ne faut surtout pas perdre de vue qu’aider l’Afghanistan à se développer, c’est la meilleure façon de lutter, en amont, contre l’obscurantisme et ses manifestations terroristes qui s’expriment jusque chez nous. Les aider c’est nous aider aussi !

Il faut parler ici de solidarité, on n’a pas à leur apporter notre modèle de société, notre culture. Cette société existe depuis bien longtemps, et sans nous... Elle a aussi des valeurs à nous faire partager !

On n’impose pas la démocratie, elle accompagne le développement

La mondialisation existe, mais doit passer entre États par une coopération. Dans la construction de leur propre développement politique, les Afghans ont à bâtir leur propre modèle en luttant contre les pressions intérieures pro-occidentales, pro-dollars, spéculatives.

Politiquement nous avons aussi un rôle à jouer, chez nous, pour soutenir les forces de paix de reconstruction et de partenariat.

Les Afghans eux-mêmes luttent-ils contre les fléaux qui les accablent ?

Les Afghans aspirent aux mêmes choses que nous dans leur vie quotidienne : paix, bonheur, amour.

Ils essaient à leur niveau de bousculer les traditions. Alors que nous avons mis des siècles à arriver là où nous en sommes, on leur demande de sauter brutalement dans un autre monde.

Les jeunes en particulier essaient de se libérer de la rigidité du code familial issue des traditions familiales et religieuses et de modifier les rapports entre hommes et femmes.

Il s’agit pour eux de desserrer l’étreinte. Des mouvements de femmes, d’artistes, de jeunes s’expriment, essaient de faire bouger les choses. Pas facile ! Ils ont besoin de notre aide, pas de notre condescendance !

Dans ce domaine, quel est le rôle de l’ONG « Afrane » ?

Notre ONG « Afrane » intervient en Afghanistan depuis trente ans dans le domaine de la construction scolaire, de la formation des enseignants.

Nous soutenons des écoles de filles où l’enjeu est capital. C’est par la formation des professeurs et de formateurs afghans dans les domaines scientifiques et des langues nationales que nous encourageons une ouverture vers de nouveaux horizons et une possibilité vers de nouveaux comportements : questionnements, recherche d’autonomie, et absence de dogmes.

L’apprentissage du français n’est qu’anecdotique mais symbolique d’une amitié franco-afghane. La pédagogie ouverte du français langue étrangère tranche évidemment avec celle plus rigide des écoles traditionnelles qui formatent davantage les esprits.

L’objectif de notre aide est d’ouvrir l’enseignement aux progrès d’ordre culturel et technologique et dans un esprit d’éveil, de réflexion, de découverte conduisant à l’autonomie en cohérence avec un réel esprit de coopération.

http://www.afrane.asso.fr/

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2 Messages

  • Nouvelle mission en Afghanistan pour Alain Lebeau, membre de l’AFRANE

    Novembre 2010, par Michel Pilorget

    à Alain Lebeau, de Michel Pilorget
    ds ton interview, tu parles de l’Afghanistan, globalement. J’ai lu des articles où on met en garde contre cette globalité et où on dit que la division entre ethnies est fondamentale. Peux-tu en parler ?

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    • Nouvelle mission en Afghanistan pour Alain Lebeau, membre de l’AFRANE

      Novembre 2010, par

      Tu poses une question très importante qui oblige à bien mesurer la ou les réponses afin de ne pas déclencher les passions et la déraison.A chacun de mes séjours,la question revient sur le tapis.Pashtouns,Tadjiks,Hazara et les autres se rejettent des atrocités au visage et c’est vrai qu’il n’y a qu’à puiser dans l’histoire de ce pays pour attiser le feu !Attention, danger !
      J’entends aussi"vous les français, vous ne jurez que par Massoud et les Tadjiks" Heureusement "Afrane" construit des écoles et forme des professeurs sans distinction d’ethnie ! Et le danger pour l’Afghanistan, est de jouer avec eux à ce jeu qui divise, entretient la haine, freine le développement de tous et fait le lit des exploiteurs de tous bords.

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