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Publié : 9 novembre 2009

Afghanistan : témoignage d’Alain Lebeau

De retour d’Afghanistan, Alain Lebeau * qui y a passé plusieurs semaines pour l’association AFRANE http://www.afrane.asso.fr/ a bien voulu répondre à nos questions.

Quelle est la situation des femmes aujourd’hui dans ce pays ?

L’Afghanistan est une république islamique. L’observance des règles islamiques y est stricte.
Dès qu’elles sont pubères les filles sont voilées Toutes les femmes afghanes sont voilées dès qu’elles sortent (certaines ne peuvent le faire qu’accompagnées de leur mari ou d’un membre proche de leur famille), discrètement ou intégralement (burqa), le pouvoir des talibans a laissé des traces profondes.

A Tcharikar, à 60km au nord de Kaboul, les professeures venaient toutes revêtues de la burqa au lycée mais la quittaient dans l’enceinte de l’école, conservant tout de même le foulard sur la tête. Les classes ne sont pas mixtes et généralement, les professeures n’enseignent pas aux garçons des classes de lycée. Une jeune fille qui a une activité professionnelle a beaucoup de difficultés à se marier, ce n’est pas très bien vu par la société traditionnelle.

Les européennes présentes dans ce pays, pour se fondre dans le paysage et ne pas se faire remarquer et respecter les coutumes locales s’ habillent à « l’afghane" foulard, pantalon large ...d’ailleurs les hommes le font également, suivant en cela les recommandations de sécurité des ONG pour ne pas être trop repérables et éviter au maximum les enlèvements toujours possibles.

Il existe en réalité peu de contact entre la population et les étrangers en dehors bien sûr des militaires qui tentent des opération « humanitaires » dans les villages » en dehors des activités de guerre, et des personnels des ONG qui travaillent dans les secteurs de la santé et de l’éducation .

Comment est organisé le système d’enseignement ?

Il existe trois sortes d’écoles :

- l’école publique et gratuite est accessible à toutes les jeunes filles et à tous les garçons quand la situation le permet mais le pays manque cruellement d’écoles et de professeurs formés !

- l’école privée à but lucratif qui enseigne plus spécialement l’anglais l’informatique principalement accessible aux enfants des classes sociales les plus privilégiées

- l’école coranique "madrasa" qui a pour but essentiel l’apprentissage du Coran .

Dans toutes les écoles les cours de religion islamique sont assurés au même titre que les autres matières.

Te sentais-tu en sécurité durant ton séjour ?

A Tcharikar, au milieu de la population afghane, oui, car ils me connaissaient, ils savaient ce que je venais faire chez eux.

Ailleurs, c’est frustrant, les zones de déplacement se réduisent d’année en année. Un endroit où j’allais pique-niquer il y a trois ans est devenu inaccessible depuis que des italiens ont sauté sur des mines ...et que les talibans sont de retour dans ce secteur.

Je me déplaçais dans une zone sous tension. L’insécurité n’est pas seulement liée à la seule présence militaire, elle est aussi liée à l’action des commandos intégristes dans le pays.

Les enlèvements à caractères crapuleux ou politiques sont une menace constante pour un occidental mais aussi pour certains notables afghans.

Dans le sud du pays les talibans s’attaquent aux écoles de filles en y mettant le feu et agressent les enseignantes.

Tu étais là bas au moment des élections que peux-tu nous en dire ?

En 2003, le peuple afghan était enthousiaste de voter pour défendre l’idée d’une démocratie et de la reconstruction.

Aujourd’hui, la population est déçue, désabusée et elle souffre.

Hamid Karzaï semblait de toute façon la seule personnalité éligible sur les plans intérieur et extérieur. Un tour ou deux tours de vote, les choses étaient dites pour beaucoup d’Afghans du fait de sa position dans la place, et des soutiens internationaux. La fraude du premier tour a renforcé leur scepticisme.

Il faut savoir que depuis 2003, la politique n’a pas répondu aux espoirs de la population :

- appauvrissement du plus grand nombre
- enrichissement démesuré de certains notables
- corruption (trafic d’armes et de drogues)
- spéculation(en matière immobilière)
- détournements de fonds étrangers
- projets non aboutis faute d’encadrement local suffisant
- abus de pouvoir de responsables locaux
- fuite des élites vers l’étranger

Certaines ONG étrangères et locales se sont mal comportées et ont discrédité l’aide à la reconstruction
Tous ces éléments ne peuvent jouer qu’en faveur des talibans.

Mais comment ces gens perçoivent-ils la présence étrangère civile ?

Des ONG font du très bon travail , je pense à Handicap International qui permet la réinsertion de personnes handicapées qui ont été mutilées en sautant sur des mines, mais aussi à Médecins du Monde, ACF , AMI etc.

Il faut citer des ONG plus modestes mais qui ont une action déterminante sur le terrain auprès des populations : Afrane, Afghanistan demain, Afghanistan libre etc.

Parfois, avec la meilleure volonté possible, des projets sont mal adaptés au pays. Je pense ainsi à un dispensaire tout neuf avec une seule salle d’attente : impensable dans ce pays ou culturellement hommes et femmes ont des espaces séparés ; la mixité n’est pas dans la culture afghane !

Si la présence étrangère était dans un premier temps bien acceptée par la population, , la main tendue maintenant par les occidentaux est perçue avec défiance, en raison des bombardements et autres exactions militaires dont sont victimes les populations civiles

Malgré la situation tu parles avec passion de ce pays comment expliques-tu cela ?

Mon attachement à ce pays date de 1968 quand ma femme et moi, nommés professeurs au lycée Estéklal de Kaboul, y sommes venus pour la première fois, avec nos deux enfants de cinq et quatre ans.

Ce fut le choc intégral. J’aime « ce pays d’ailleurs » et ses gens dans toute leur authenticité à la fois grandiose, sauvage et raffinée que les guerres et le fanatisme sont en train de pervertir. Je le dis dans un recueil de poèmes à paraître en décembre aux Editions du Petit Véhicule.

De plus la démarche de l’association Afrane me convient dans la mesure où elle apporte de l’aide au développement, sur place, et à la formation de responsables locaux au sein de l’ONG et dans le cadre de nos activités sur le terrain.

Nous complétons cette formation par des stages en France pour nos collègues Afghans (les femmes ont beaucoup de mal à obtenir ces autorisations de sortie !).
Pour connaître nos activités et nous aider vous pouvez vous rende sur le site internet d’Afrane.

Presse Océan a rencontré Alain Lebeau, pour lire l’article, cliquer sur le doc.

* Pour connaître ou questionner Alain Lebeau , consulter notre rubrique "les élus Verts " en page d’accueil.