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Publié : 8 mai 2009

Point de vue sur la pêche professionnelle

Témoignage sur la pêche et le juste prix attendu.

Michèle Pendelièvre, militante dans les milieux de la pêche et de l’aquaculture au niveau national et européen, a participé à la vie de la commission mer et littoral des Verts depuis de nombreuses années.
Elle est également femme d’un marin qui a navigué au commerce, à la pêche au large et à la pêche côtière.

Le prix de la qualité n’est pas souvent à la hauteur du temps de travail, des investissements et de l’usure globale du marin.

Ceci pour les pêches côtières. Je ne parle pas de certaines pêches qui ciblent la quantité uniquement.

Si l’on veut imposer une gestion, ce qui est nécessaire, il me paraît
important de réfléchir à la manière dont le prix payé est calculé.

Les diverses positions sur les prix payés aux producteurs, dans les pays les plus pauvres, ne manquent pas.

Pourquoi, lorsqu’il s’agit de petits producteurs européens, il n’en est pas de même. L’échelle paraît différente, mais pour avoir géré une entreprise de pêche artisanale et en faisant le bilan global, je dois avouer que nous en avons vécu, en occultant systématiquement le temps de travail, l’insécurité, en ayant bien la notion de faire
tourner l’économie littorale.

Un peu d’histoire me paraît nécessaire.

Lorsque l’on parle de surpêche, je refuse de rendre responsable le
pêcheur uniquement.

Tout le monde "est mouillé" dans cette affaire :

- Les consommateurs avec le manque de curiosité sur les produits qu’ils achètent

-  Les instituts de recherche qui, à une certaine époque, travaillaient sur les engins de pêche les plus performants, sans prendre en compte la sélectivité qui est venue bien plus tard

- Les professionnels qui ont très peu remis en cause le système qui les a conduits dans des impasses

- La filière qui a vécu et prospéré aussi sur ce système

-  La banque bleue qui, dans certains endroits, a créé des armements en récupérant les bateaux en difficulté (1993 - 1994), en réembauchant les patrons pêcheurs qu’ils avaient mis en difficulté par des endettements ne tenant pas compte du retard de paiement des aides européennes. Les prêts relais à 15% ont bien fonctionné, à l’époque, pour mettre sur le flanc les trésoreries des entreprises artisanales

-  Les aides accordées avec un prix retrait minimum, quand il y avait surproduction, pour envoyer à l’époque les poissons et les crustacés à l’équarrissage. Des caisses mises en place étaient financées en partie par les pêcheurs et en partie par des subventions. Ce prix de
retrait entrainait la pêche vers la quantité plus que vers la qualité.

La situation actuelle est problématique. Il est impossible de faire construire des bateaux neufs et les bateaux d’occasion sont chers.

Les ports de pêche et donc les criées qui sont des lieux d’activité
économique disparaissent.
La rationalisation des points de débarquement (loi de 1997) n’est
pas satisfaisante pour les plus petits, nous les femmes de pêcheurs, l’avions souligné à l’époque.

Lorsque les pêcheurs amènent leur pêche via des camions vers le port le plus proche, leur poisson est vendu aux enchères avec d’autres qui peuvent provenir de pêches qui ciblent plus la quantité. Le prix de la pêche des côtiers est presque le même.

Cela n’est pas nouveau, mais avant, il y avait la possibilité d’aller dans un autre port où la qualité était reconnue. Maintenant, cela est nettement plus problématique.

Sur certains endroits du littoral, des expériences d’AMAP existent, c’est à suivre.
Une gestion convenable pourra se faire si le pêcheur arrive à vivre de son travail, en tenant compte de tous les paramètres financiers des entreprises, sans oublier les efforts des hommes et des femmes qui font ce travail dur.

Quant au Grenelle de la mer, excusez-moi, mais je n’ai pas envie de
participer à la guignolade de ce gouvernement qui utilise les images, tant du vilain pêcheur prédateur que l’on doit aider, que des personnes et individus médiatiques qui rêvent, voire fantasment sur ces éléments naturels que sont les mers et les océans.

Michèle Pendelièvre, Avril 2009.